La déclaration de l’ambassadeur de Turquie sur les descendants du Karagla algérien

  • بتاريخ : سبتمبر 22, 2025 - 7:16 ص
  • الزيارات : 48
  • Par le délégué à la presse, Hajj Mohamed Bendamia   en Franc

     

    La déclaration de l’ambassadeur de Turquie sur les descendants du Karagla algérien a déclenché une tempête médiatique et politique.

    La déclaration de l’ambassadeur de Turquie en Algérie, Mehmet Mujahid Küçük Yılmaz, concernant la présence de 5 à 20 % d’Algériens d’origine turque a suscité une vive polémique dans les médias et la sphère politique. Elle a ravivé le vieux débat sur la nature de la présence ottomane en Algérie, certains la considérant comme une extension du califat islamique et une protection du pays contre l’invasion espagnole, tandis que d’autres la percevaient comme un simple colonialisme.

    Cette controverse a éclaté après que l’ambassadeur a accordé une longue interview à l’agence turque Anadolu, à l’occasion de sa deuxième année de mandat. L’agence a ensuite retiré de ses médias le passage concernant les origines algériennes, soulignant le caractère sensible de ces propos.

    La déclaration controversée de Küçük Yılmaz intervient alors qu’il évoque les  liens historiques et culturels profonds entre l’Algérie et la Turquie.  Il a souligné que les relations bilatérales connaissent une période de prospérité sans précédent, tant sur le plan politique qu’économique, culturel et social, soulignant que ces relations reflètent un destin commun et préfigurent un avenir meilleur.

    Il a ajouté que les peuples algérien et turc partagent des valeurs de liberté, d’honnêteté et de fierté nationale, rappelant que tous deux ont consenti de grands sacrifices face au colonialisme et obtenu leur indépendance. Il a également souligné les similitudes culinaires, vestimentaires et architecturales entre les deux pays, rappelant les liens qui remontent à l’entrée de Khéir ad-Din Barberousse en Algérie au XVIe siècle. Dans ce contexte, l’ambassadeur a révélé qu’entre 5 et 20 % des Algériens seraient d’origine turque, citant des noms de famille tels que Sari, Kara, Barutji et Telji, ainsi que le leader Ahmed Bey, symbole de la résistance contre les Français au XIXe siècle, qui, selon lui, descendait de « Qologlu ».

    Ces déclarations ont cependant suscité de vives réactions, notamment de la part des professionnels des médias et des intellectuels, qui les ont considérées comme une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures de l’Algérie et une atteinte à l’identité nationale.

    Le journaliste Khilaf Ben Hadda a qualifié les propos de l’ambassadeur de « dangereux et contraires aux normes diplomatiques », imputant la responsabilité aux autorités algériennes post-indépendance, qui, selon lui, ont évité de reconnaître que la présence ottomane en Algérie pendant trois siècles était « un colonialisme barbare et une occupation lâche ».

    Le journaliste Mouloud Hachlaf est allé plus loin, exhortant l’ambassadeur à « rester dans ses limites » et à s’abstenir d’aborder les questions liées aux origines algériennes. Il a affirmé qu’il n’existait aucune étude scientifique documentant les ethnies prédominantes en Algérie et a souligné que les Turcs eux-mêmes étaient un mélange de peuples divers. Il a également critiqué ses propos concernant le soutien militaire de la Turquie à la révolution algérienne, expliquant que la Turquie était membre de l’OTAN depuis 1952, ce qui rapprochait sa position de celle de la France. Il a également souligné l’absence de documents historiques fiables ni de preuves prouvant l’implication d’Ankara dans la fourniture d’armes au Front de libération nationale.

    La controverse ne s’est pas limitée aux journalistes. Blogueurs et militants ont également critiqué la déclaration de l’ambassadeur, arguant qu’elle contredisait les faits démographiques et historiques. Le blogueur Wahab a affirmé que l’affirmation selon laquelle « 20 % des Algériens seraient d’origine turque » ne reposait sur aucun fondement scientifique, soulignant que les Ottomans installés en Algérie étaient principalement des janissaires d’origine balkanique, que leur nombre était limité et n’avait eu qu’un faible impact démographique. Il a ajouté que l’identité algérienne reposait sur la profondeur amazighe et l’ouverture méditerranéenne diversifiée, et non sur une origine étrangère imposée.

    Au cœur de cette controverse, des interprétations divergentes de la réalité de la présence ottomane en Algérie ont également été mises en lumière. Certains commentateurs estimaient que les Ottomans, bien qu’arrivés à l’invitation des dirigeants locaux pour expulser les Espagnols, s’étaient rapidement emparés du pouvoir, avaient imposé des impôts par la force et exclu la population locale des postes de souveraineté et d’administration. Ils avaient même exercé des privilèges sociaux et économiques favorisant les Turcs, les janissaires et les Kouloughlis au détriment de la population locale. Ces commentateurs allaient jusqu’à décrire la domination ottomane comme une simple forme de colonialisme qui prit fin avec leur retrait, laissant le pays face à l’occupation française.

    L’historien Mohand Arezki Farad a cependant apporté une réponse différente, affirmant qu’il était erroné d’inclure les Ottomans dans le phénomène colonial. Il a expliqué que le contexte historique de l’époque reposait sur la dualité du monde islamique et du monde chrétien, et que tous les États islamiques prêtaient allégeance au calife, sans distinction de race ou de sexe. Il a rappelé que les Ottomans sont entrés en Algérie à la demande de son peuple pour chasser l’occupation espagnole, et qu’ils ont contribué à l’établissement de l’État algérien moderne, à peu près à l’intérieur de ses frontières géographiques actuelles, après avoir éliminé les faibles émirats soumis à l’influence espagnole. L’historien a également souligné que les Ottomans n’ont imposé ni leur langue ni leur école de pensée hanafite aux Algériens, et que les États de cette époque ne reposaient pas sur des fondements nationalistes comme c’est le cas aujourd’hui, l’État-nation turc n’ayant émergé qu’en 1924 avec Mustafa Kemal Atatürk. Il a conclu que l’État ottoman, comme d’autres entités de l’époque, était de nature autoritaire et totalitaire, mais que cela ne faisait pas de lui un colonialisme au sens moderne du terme.

    Selon Farad, cette lecture rejoint l’école historique algérienne représentée par d’éminents chercheurs et professeurs tels qu’Abou al-Qasim Saadallah, Moulay Belhamisi, Jamal Guenan et Mouloud Qasim, qui considéraient la domination ottomane sur l’Algérie comme une appartenance islamique commune et non comme une forme de colonialisme étranger. Cependant, cet argument reste controversé dans les médias et les milieux universitaires, ses détracteurs continuant de souligner le caractère autoritaire de ce régime et son éloignement du concept de « califat protectorat ».

    Les questions identitaires en Algérie sont très sensibles dans le débat public. Toute référence aux origines ou aux appartenances historiques suscite rapidement une vaste controverse entre ceux qui adhèrent à la profonde appartenance amazighe et arabo-islamique du peuple algérien et ceux qui rejettent toute tentative de rattacher cette identité à une origine ou une puissance étrangère. Cette controverse surgit dès que la présence ottomane, l’influence des migrations méditerranéennes ou d’autres sujets similaires sont évoqués.